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Jeu, Oct

Elevage et consommation de viande (1)

Notre collègue Claude Allo nous présente cette étude :

C'est en s'appuyant sur l'expertise scientifique de l'Institut que trois chercheurs de l'INRA : notre collègue JF Hocquette, JL Peyraud directeur scientifique adjoint de l'INRA et B. Schmidt ont apporté leur contribution fort documentée sur ce sujet très discuté lors d'une conférence de presse tenue le 8 mars.

Ils dénoncent en premier lieu les idées fausses sur la viande et l'élevage, constatant que la plupart des arguments avancés pour s'opposer à la viande "font la part belle aux généralisations abusives, aux simplifications et aux fausses bonnes idées".Ils en apportent la preuve sur les principaux sujets: consommation d'eau, gaz à effet de serre,utilisation des sols ou encore viande et santé .Ils rappellent que si l'élevage utilise 70% des terres agricoles dans le monde, il s'agit essentiellement de terres non labourables composées de prairies et de zones herbeuses.
Pour les chercheurs, les services rendus par l'élevage sont sous estimés par rapport aux impacts négatifs, et de nombreux leviers existent pour améliorer l'efficience et la valeur environnementale les différents types d'élevage en Europe.(C'est l'objet de ce premier article).

L'esquisse proposée pour un régime alimentaire durable s'appuie sur plusieurs études impliquant l'INRA et notamment la controversée prospective "Agrimonde".Si elle suggère de réduire le nombre total de calories et la part de protéines dans la consommation des pays développés, elle conclut aux bienfaits des repas équilibrés et variés: viandes et légumes.On retiendra aussi que l'impact carbone des régimes carnés n'est pas plus important que celui des des régimes riches en végétaux .

Au final, pour JF Hocquette et JL Peyraud, l'élevage est "irremplaçable pour le maintien des territoires ruraux" au sein desquells il assure de nombreux services économiques, sociaux et environnementaux .Avec les effluents d'élevage, il est une composante essentielle dans les cycles de nutriments .L'élevage nourrit l'homme et valorise les végétaux non consommables par l'homme .Les chercheurs sont aussi très sceptiques sur les possibilités de fabrication artificielle de viande ou de produits laitiers .(Voir le second article)

Un monde sans viande serait "la négation de notre patrimoine gastronomique, paysager et culturel".

Le dossier de presse de l'INRA

L’expertise scientifique collective menée par l’Inra en 2015-2016 sur les impacts et services de l’élevage europée souligne qu’il est délicat d’en établir un bilan global, positif ou négatif. La suppression totale de l’élevage se traduirait néanmoins par une perte de services environnementaux.

L’expertise identifie des leviers d’amélioration pour les différents types d’élevage.

On ne peut pas établir un bilan global de l’élevage
« Mieux intégrer tous les services rendus par l’élevage » figure dans les recommandations de l’expertise scientifique collective menée par l’Inra. En effet, actuellement, les services rendus par l’élevage sont moins bien pris en compte que ses effets négatifs. Cette expertise, commanditée par les ministères en charge de l’Ecologie et de
l’Agriculture et par l’Ademe, analyse l’ensemble des impacts sociaux, économiques et environnementaux de l’élevage, ainsi que ses services marchands et non marchands.

L’expertise collective a établi un inventaire des impacts et services des élevages européens, considérés dans leur ensemble, en examinant cinq grands domaines :
- les marchés,
- le travail et l’emploi,
- les intrants,
- l’environnement et le climat,
- les enjeux sociaux et culturels.

Quelques exemples d’impacts de l’élevage européen que l’on peut qualifier : 

Impacts globalement positifs:
> Consommation alimentaire : les produits animaux apportent près de 60% des protéines ingérés par jour
> Production : les productions animales contribuent pour 45% à la production agricole finale en valeur
> Echanges intra- et hors- Europe dynamiques
> Emplois : 4 millions d’actifs en Europe
> Valorisation des prairies : 74 Mha (prairies permanentes) et 10Mha (temporaires) contre 35 Mha en céréales
fourragères pour nourrir les animaux.
> Recyclage du phosphore
> Biodiversité sauvage (prairies)
> Richesse gastronomique

Impacts globalement négatifs:
> Alimentation animale : non autonomie de l’Europe en céréales et protéagineux pour les aliments concentrés
> Gaz à effet de serre
> Emetteurs d’ammoniac, précurseur de particules fines polluantes
> Eutrophisation des eaux
> Zoonoses (= 75 % des maladies infectieuses humaines)
> Rejet d’antibiotiques dans l’environnement

Il n’est pas possible dans l’état actuel des connaissances de résumer tous ces effets dans un seul indicateur
global d’impact, positif ou négatif. En effet, les impacts sont parfois difficiles à évaluer, ils sont multiples, très
variables selon le type d’élevage, interdépendants et non-additifs. On peut cependant avancer que les impacts
positifs se situent plutôt du côté de la production, des échanges commerciaux et de certaines dimensions
culturelles. Les impacts négatifs concernent majoritairement l’environnement, les pressions sur les ressources
(eau, énergie, aliments concentrés) et parfois, le bien-être animal.


Diminuer la consommation de produits animaux présenterait-il un intérêt environnemental ?
Des démarches de modélisation explorent les interactions qui existent entre les différents impacts et services
de l’élevage. En effet, l’augmentation de la fourniture d’un service est souvent contrebalancée par la diminution
d’un autre, par exemple production/environnement. Ces relations entre les services ne sont pas forcément
linéaires, d’où une certaine complexité qui incite à se méfier des raisonnements simplistes. Avec leurs
hypothèses et leurs limites propres, les modélisations permettent d’évaluer des scénarios prospectifs. Ceux-ci
s’accordent sur l’intérêt environnemental d’une diminution de la consommation des produits animaux, couplée
à la limitation de l’élevage des ruminants aux surfaces en herbe et à une meilleure valorisation des coproduits
de cultures dans l’alimentation animale.


Supprimer l’élevage conduirait à une perte de services environnementaux
L’expertise souligne d’autre part qu’une suppression totale de l’élevage se traduirait, tant en Europe que dans
le monde, par la perte de services environnementaux tels que : la fertilisation organique des terres, le recyclage
des sous-produits des cultures, l’entretien des prairies et autres pâturages riches en biodiversité.
Des leviers différents pour améliorer les différents types d’élevage en Europe


L’expertise scientifique identifie des leviers d’amélioration pour chacun des trois grands types d’élevage
européen qu’elle a définis :
- Territoires denses en animaux et peu herbagers : ces élevages sont très productifs, compétitifs, mais
sensibles aux fluctuations du marché et impactants pour l’environnement. L’amélioration de leurs performances
consiste à limiter les pollutions et les intrants : pour les monogastriques (porcs et volailles), il s’agit d’améliorer
l’efficience de la conversion alimentaire par la génétique, d’optimiser l’aménagement des bâtiments (normes
HQE, lavage d’air, bien-être…), le recyclage des effluents (séchage, méthanisation…), la qualité sanitaire
des troupeaux, etc.
- Territoires herbagers : ces territoires valorisent les ressources locales sans chercher à maximiser la
production. Ils misent sur la qualité de leurs produits et limitent la pression sur l’environnement. L’équilibre
entre performances productives et environnementales se joue dans la conduite des prairies et l’organisation
des filières pour la valorisation et la différenciation des produits.
- Territoires où cohabitent cultures et élevage : l’idéal-type de ces territoires est la polyculture-élevage
qui valorise les complémentarités entre les deux secteurs. Cependant, l’élevage a été souvent concurrencé
et évincé par les cultures, plus rentables et mieux soutenues par les aides. Les leviers visent à recoupler
cultures et élevage, insérer des légumineuses et des cultures intermédiaires dans les rotations pour l’autonomie
alimentaire des élevages. Des ruminants ou des volailles peuvent aussi être introduits dans les vergers et
les rizières

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