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Sam, Mai

Viandes, religions et cultures

La notion de licite et d’illicite alimentaires conditionnent la vie des croyants de presque toutes les religions...

La notion de licite et d’illicite alimentaires conditionnent la vie des croyants de presque toutes les religions.

La viande est, de loin, l’aliment qui suscite le plus de contraintes et d’interdits

La consommation de viande est au centre de toutes les prohibitions

Cela concerne aussi bien le judaïsme que l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme ou le taoïsme. Exception notable, le christianisme. Revendiquant d’accomplir et de dépasser la Loi ancienne, il comporte peu d’interdits alimentaires. Mais quand il en édicte, c’est sur la viande de boucherie: par exemple la prohibition de sa consommation pendant le jeûne du carême, ainsi que le vendredi et notamment le Vendredi Saint.

La thora, ensemble de la loi juive

La Thora distingue les animaux purs et impurs, ceux qui sont comestibles et ceux qui sont prohibés. Entre tous les animaux terrestres, un juif peut manger celui qui «a le sabot fourchu, fendu en deux ongles, et qui rumine», Il n’y a point d’exception à cette loi générale qui exclut de la licéité les animaux quine sont que des ruminants comme le chameau ou le lièvre, n’ayant pas de sabot fourchu, ou les animaux qui, bien que dotés de sabot fendu en deux ongles, ne ruminent pas, comme le porc. La kashrout, ensemble des prescriptions alimentaires du judaïsme, n’admet pas davantage la consommation d’une vingtaine d’espèces d’oiseaux considérés comme immondes. La liste de ces volatiles proscrits est précisément établie dans le chapitre 11 du Lévitique. La viande des animaux licites peut aussi être interdite à la consommation si l’abattage n’est pas conforme à des règles religieuses strictes, ou si l’animal est atteint de maladie qui met sa vie en péril. La recommandation biblique la plus significative est que la bête sacrifiée doit être impérativement vidée de son sang. La Thora dit: «Vous ne mangerez du sang d’aucune chair car la vie de toute chair, c’est son sang... » (Lévitique 1 7, 1 3). Non seulement la viande doit être lavée pour ne laisser aucune goutte de sang (cachérisation), mais elle est rigoureusement dégraissée à certains endroits, débarrassée des vaisseaux sanguins et du nerf sciatique de la hanche, interdits par la Loi. La partie arrière de la bête est très généralement délaissée, et seuls les muscles du quartier avant sont commercialisés.

L'islam rétablit de façon partielle l'ancienne loi
viande et culture

Ce rétablissement concerne en particulier la loi touchant aux interdits alimentaires. Ceux-ci prennent une place considérable dans la vie quotidienne du musulman, au point de laisser croire parfois, et à tort, que l’islam se réduit à ces seules prescriptions. Beaucoup plus souple que les lois alimentaires juives, la Loi islamique (shari’a) stipule dans la sourate V, La Table: «Il vous est interdit de manger la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc, la viande d’animal sur lequel on aura invoqué en l’égorgeant le nom d’une autre divinité autre que Dieu, la viande de bête morte par étouffement ou sous un coup de corne, mise en pièce par des fauves, qui n’a pas été saignée à temps, immolée sur des pierres dressées...». Comme on le constate, les lois alimentaires de l’Islam sont très proches des lois juives en ce qui concerne notamment l’interdiction de la consommation du sang et de la viande de porc, qui prend chez le musulman une dimension quasi obsessionnelle. On rappellera enfin l’interdiction absolue de consommer de la viande chez certaines castes hindouistes végétariennes, la vache étant un animal sacré dans cette religion que pratiquent plusieurs millions d’individus. À l’instar de l’hindouisme et du taoisme qui interdisent également de manger de la viande, le bouddhisme rejette, lui aussi, la consommation de toute viande animale.[

A propos de rites

Les abattages rituels casher et hallal sont pratiqués, certains jours et à heure dite, dans un grand nombre d’abattoirs français. On sait que la particularité de ces deux rituels, forts proches, est d’exiger que la bête soit saignée avant la mort, sans étourdissement. Le même box de contention orientable (vers l’est, c’est- à-dire Jérusalem et La Mecque) est utilisé lors de ces abattages, qui sont effectués sous la surveillance des mandataires religieux locaux.

Le + gourmand

Petite anecdote: comme un abattage rituel doit être “ parfait «, le moindre incident peut rendre la carcasse non licite. Elle est alors dirigée vers la consommation générale, où sont déjà écoulés les quartiers arrières des animaux abattus rituellement. Si bien que, sans le savoir, nous mangeons tous, de temps en temps, des viandes abattues hallal ou casher. Peut-on les reconnaître dans son assiette ? Pas facile. Mais les viandes rituelles sont plus complètement vidées de leur sang que les viandes obtenues à partir d’un abattage ‘normal’, et l’on peut parfois observer les traces de cette exsanguination.

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