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Mar, Oct

2011 : "Apologie du carnivore"

Dominique LESTEL

Le lundi 5 décembre à Paris, au restaurant Le Carré des Feuillants dirigé et brillament inspiré par notre ami académicien Alain Dutournier, l'Académie de la Viande recevait Dominique Lestel, lauréat de son Prix 2011.Une trentaine d'académiciens et quelques invités, dont le président de l'Académie des Abats, M. Dick Motte, ont rendu hommage à l'auteur et à son travail. Le président François Landrieu l'a accueilli avec ces quelques mots :

"Monsieur Lestel, vous avez 50 ans, vous êtes - je résume - un intellectuel de haut niveau, un philosophe et un éthologue internationalement connu, et le moindre de vos titres est d’être maitre de conférence à la très prestigieuse Ecole Normale Supérieure. Parmi nous, quelques uns ont également des titres et diplômes fort enviables, mais enfin il y a les autres qui, comme moi, n’y atteignent pas. Nous devons donc simplifier le débat. Pourquoi et par qui la viande et son immémoriale consommation sont elles trainées en place publique par des accusateurs violents, passionnés, vivant cette cause comme leur sainte passion ? Voilà la question que nous avons mise en chantier depuis plusieurs années, et voila pourquoi votre livre Apologie du Carnivore nous a séduit.

On y voit, comment dire… peut-être pas nos ennemis, en tout cas les adversaires de la viande dans la crue lumière de leurs sombres pensées. Notre collègue académicien Pascal Mainsant a publié sur votre livre une note de lecture qui analyse plus complètement que je ne pourrai le faire ici vos observations. Ainsi l’anti spéciste plus ou moins radical et militant qu’est le sujet végétarien éthique en vient à nier la dimension animale de l’homme, mais aussi à exprimer sa haine de toute animalité qui autoriserait la prédation. Or l’homme est un prédateur, par sa physiologie, par son comportement, par sa culture alimentaire. Le nier serait pur angélisme. Le végétarien, dans sa version la plus dure - heureusement, il y en a de plus douces – pose donc d’une certaine façon une haine de l’homme. Nous nous souvenons alors que quelques tyrans sanguinaires de l’histoire, et de la plus récente, se sont donnés pour végétariens, ce qui cesse définitivement de nous faire prendre le sujet avec légèreté. Mais, rassurez vous, je me hâte. M. Lestel, votre livre ajuste parfaitement ses coups contre le végétarisme éthique. Nous en faisons notre miel. Et puisque c’est une belle journée que celle ci, nous n’allons pas venir sur une ou deux choses qui nous égratignent un peu. Votre critique est sévère, catégorique, violente même, de l’élevage industriel, qualifié par vous d’ignominie.

Nous ne sommes pas ici, à l’Académie de la Viande, chargés de défendre ou de justifier l’élevage industriel. Et s’il devient déviant, nous le condamnons comme vous, avec force. Mais enfin, nous savons aussi d’e xpérience que la rationalisation des bâtiments d’élevage, de l’alimentation, des conditions sanitaires, de la filière toute entière constitue une nécessité, ne serait-ce que pour les hommes qui travaillent à ces productions. Nous affirmons clairement que l’on peut y épargner la souffrance animale, et parfois même au contraire, améliorer sensiblement la situation antérieure du bétail. Mais enfin, vous avez raison, restons tous vigilants : la consommation qualitative des viandes de boucherie et de charcuterie a tout à gagner à bien maitriser aussi le paramètre du bien être animal.

acad 5 12 2011Et puis, je baisse le ton, mais nous savons bien, nous gastronomes de la viande, que la viande d’un animal mal traité, mal abattu, ayant souffert, est moins bonne à manger que celle d’un animal entouré des précautions nécessaires. J’ai peut-être été un peu long, M. Lestel, mais c’est que le sujet nous passionne tous ici. Votre livre y apporte une contribution que nous jugeons essentielle, et c’est la raison pour laquelle je suis heureux de vous décerner notre Prix 2011 et ses différents trophée: le plateau d'argent commémoratif de l'évènement, la médaille de notre Académie et bien sûr le chèque de 1.500 € qui récompense notre prix."

Dans une brève réponse, Dominique Lestel a certes revendiqué les positions qu'il défend dans son livre, mais a souligné aussi que le dialogue sur ces questions, souhaité par notre Académie, était de nature à faire progresser un débat éthique nécessaire. Pour ne rien cacher à quiconques, on déjeuna ensuite fort bien : Bouillon de châtaigne au lard fumé et truffe blanche d'Alba, haché menu de pied de cochon en chipiron, semoule de brocoli et riz à l'encre, La truffe à la truffe cuite entièreà l'étrouffée, et piccata de ris de veau, Mignon de boeuf poêlé , Royale de foie gras, quelques racines et consommé en poularde, Fromage de roquefort aux fruits secs, Emincé de figues et gingembre caramélisés, croquant aux noix. Encore une fois, les absents avaient eu tort...

 

apologie def1L'ouvrage

Vous aimez manger de la viande et vous en avez assez de vous entendre accuser par les végétariens de mépriser les animaux?

Ce livre est fait pour vous. Dans cet essai mordant, Dominique Lestel pousse le raisonnement des végétariens « éthiques » à l’extrême. Loin de remettre en cause l’empathie pour l’animal, essentielle à notre humanité même, il montre que le carnivore est en fait plus proche de l’animal qu’aucun végétarien ne le sera jamais. Pourquoi ? Parce qu’en mangeant de la viande il assume sa propre nature animale, quand le végétarien manifeste, lui, le désir de supprimer l’animalité et de réactiver le statut d’exception accordé à l’humain. Cet éloge du carnivore à contre-courant du discours dominant n’empêche pas le philosophe de reconnaître l’urgence éthique d’aujourd’hui : ce n’est pas l’abolition de la consommation de viande qu’il faut obtenir, mais celle des élevages industriels intensifs, véritable ignominie des temps modernes. Et il appelle végétariens et carnivores à s’unir dans ce combat.

Dominique Lestel construit depuis plus de quinze ans une anthropologie philosophique écologique qui pense l’homme au milieu des autres êtres vivants et non contre eux. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Les Origines animales de la culture (Flammarion, 2001), L’Animal singulier (Seuil, 2004), L’animal est l’avenir de l’homme (Fayard, 2010) et, avec T. Bardini, Voyage au bout de l’espèce (Dis voir, 2010).  

 

Le communiqué de l’Académie

Le 22 novembre 2011

Le Prix 2011 de l’Académie de la Viande a été décerné  à M. Dominique Lestel, pour son ouvrage « Apologie du carnivore », publié chez Fayard. Les membres du jury ont souligné les qualités de la critique de fond posée par l’auteur concernant les positions végétarienne et anti-spéciste. Les critiques qu’il formule ensuite sur certains aspects de l’élevage moderne n’emportent  pas toute  l’adhésion des membres de  l’Académie, mais ont le mérite de contribuer au débat avec des arguments qui méritent d’être examinés.

M. Dominique Lestel,  philosophe et éthologue, maitre de conférences à l’Ecole Normale Supérieure, recevra le Prix de l’Académie de la Viande le 5 décembre à 12h30 dans les salons du restaurant  « Le Carré des Feuillants », 14 rue de Castiglione à Paris.

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Le dictionnaire

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800 pages, 1.000 mots, 200 illustrations, le Dictionnaire de l'Académie de la Viande français-anglais est paru à l'occasion du Congrès Mondial de la Viande (4-6 juin 2012 à Paris).

L'ouvrage (2012) et la version numérique augmentée et mise à jour (2014) sont en vente sur le site des Editions Autres Voix