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Sam, Aoû

Billet : Boucher, dites-vous ?

Nos pauvres et chers bouchers s’étouffent une nouvelle fois d’indignation ...
 
Nos pauvres et chers bouchers s’étouffent une nouvelle fois d’indignation, en entendant que l’on vient d’arrêter le « boucher des Balkans ».
Ils n’ont pas tort, bien sûr : l’homme qui a été capturé n’a apparemment rien d’un honnête commerçant de quartier, de même que le tranchage des escalopes n’a rien à voir avec le massacre guerrier. Allons-nous demain, si par hasard un boucher se trompe un peu sur les quantités et force sur les abattages de la semaine, lui conférer le titre de Mladic des agneaux de printemps ?
 
Pourtant, les bouchers ont perdu la partie d’avance. On ne peut rien contre la force de l’usage, et mieux vaut s’en accommoder, voire s’en amuser que de vouloir lutter contre ces moulins à vent. Froissart, Joinville, Bercheure utilisaient déjà le mot dans ce mauvais sens au Moyen Age. Et aussi, avais-je noté il y a six ans dans une chronique, Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims où il couronna Louis XI. Ce considérable ecclésiastique écrivait ainsi d’un brave capitaine des armées de Charles VI qu’on « l’appeloit le boucher pourceque, à besongnes où il estoit contre les Anglois, il en prenait peu à rançon ». Pas besoin de faire un dessin : on avait à l’époque l’épée expéditive, mais c’était pour la bonne cause et il urgeait de laver le déshonneur d’Azincourt et du sacre impie de Henry V au trône de France.
 
Si le « boucher des Balkans » avait eu à exercer ses talents à cette époque lointaine et pour exterminer l’Anglois, le roi français l’eut appelé mon cousin, et La Hire aurait chevauché à ses côtés sous l’étendard de Jeanne. Comme quoi supprimer son prochain est certes une constante vilenie, mais le jugement de l’Histoire est aléatoire et tient compte des circonstances.
 
Les bouchers de nos villages n’ont rien à craindre : ils sont du bon côté du manche du couteau, et nous savons bien qu’ils ne feraient pas de mal à une mouche. Enfin, c’est façon de dire, parce que l’avenir d’une mouche dans une boucherie est en général assez bref. On peut tuer, mais il faut bien choisir son ennemi, et sa cause… 
 
François Landrieu

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