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Jeu, Déc

Le Siècle Vert, un changement de civilisation

Note de lecture de l'essai de Régis Debray...

 

Un autre monde est en train de naître devant nos yeux, le XXIème siècle sera donc « le siècle vert ». Dans un court essai de 50 pages, paru dans la collection "Tracts/Gallimard" de décembre 2019,  le philosophe Régis Debray analyse ce changement de civilisation qui interroge et parfois angoisse l’humanité.

L’ancien compagnon de Che Guevara en convient, ce siècle sera vert même s’il regarde avec nostalgie le XXème siècle, ce « siècle rouge » de la révolution industrielle et de la lutte des classes. Mais lucide, il reconnait que le socialisme prolétarien s’est abîmé sur les récifs de communisme bureaucratique et que l’exploitation de l’homme par l’homme du siècle rouge est appelée à laisser la place à l’exploitation de la nature par l’homme du siècle vert. Et non sans humour, l’auteur constate que « l’ennemi principal n’est plus le patron mais la fumée de l’usine » et qu’au « Ah ça ira ! Ça ira ! succède le Ah, ça triera, ça triera ». On passe de la société sans classe ni exploiteur à la société sans carbone ni déchets.

Le siècle vert du « tout est écologique » invite l’homme à tourner la page de « l’homocentrisme » et à rejoindre, dans un antispécisme primaire, la condition animale : nous sommes tous des animaux ! Là, Régis Debray nous met en garde et nous livre des arguments de bon sens à opposer aux militants antispécistes-végans. En effet, à y bien regarder, la condition animale manque de suspense, elle est fermée sur elle-même, elle se mord la queue de siècle en siècle (le chimpanzé d’aujourd’hui vit comme vivaient ses ancêtres il y a plusieurs millions d’années). Alors que l’homme, grâce aux forces de l’Esprit, dont la science au premier chef, connait « renouveaux et métamorphoses qui le préservent de l’ennui ». Et à notre connaissance seul l’homme moral se pose des questions sur Dieu, sur ses congénères et sur la nature.

Et Régis Debray nous demande de ne pas sous-estimer l’ingéniosité d’homo sapiens qui a déjoué les cataclysmes annoncés : la famine généralisée prédite par l’agronome René Dumont ou les pronostics pessimistes du Club de Rome. Nous sommes en dette avec nos ancêtres qui de chasseurs-cueilleurs sont devenus des ingénieurs salvateurs, artisans de la 3ème révolution industrielle et numérique 2.0.

Les préfixes éco ou bio : écologie, écovillage, écocide, écotaxe, et biodiversité, biodégradable, etc. sont appelés à remplacer les suffixes en isme, scientisme, progressisme, communisme, productivisme du siècle rouge. Comme toute religion, cette nouvelle religion du bio et de l’éco du siècle vert a déjà ses mécréants (les climato-résistants), ses hérétiques (les climato-sceptiques), ses synodes œcuméniques (les COP et autres « One Planet Summits ») et ses prophètes de malheur qui nous annoncent l’extinction de l’espèce d’ici cinquante ans.

Homo sapiens n’a pas démérité, il a su rendre habitable et parfois « délectable » une terre assez hostile au départ. Aux antispécistes qui pensent que la planète se porterait mieux si un parasite outrageusement destructeur (l’homme) acceptait de déguerpir (ndr : le covid-19 va peut-être faire le travail !), Régis Debray rappelle que « on est toujours deux dans l’affaire homme, la Nature et l’Esprit », comme un verre de vin est l’alliance du génie d’un lieu (la Nature) et d’un long travail (l’Esprit) !

Et le philosophe de conclure que l’homme est bien partie intégrante et non « surplombante » de la nature. Il se croyait au-dessus et se découvre dedans, il se pensait en dehors, il est au milieu.

Note de lecture proposée par René Laporte, Agronome-économiste, co-auteur avec Pascal Mainsant de « La viande voit rouge », Fayard 2012 et membre de l’Académie de la viande.

 

Note personnelle du rédacteur : Dans cet essai, très riche voire pétillant, Régis Debray donne des clés et des pistes d’analyse au lecteur qui peut ainsi se faire sa propre opinion sur les questions posées aujourd’hui à l’humanité par la révolution écologique. Il ne demande pas à son lecteur de rejoindre le camp des pro ou des antis. Son approche est ouverte, sans dogmatisme marqué, loin des prises de position militantes de philosophes engagées telles Corinne Pelluchon ou Florence Burgat qui imposent des analyses biaisées bien éloignées de la sagesse et de la tolérance qui siéent à la philosophie. Lecture recommandée.

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