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Mer, Jui

Note de lecture sur l’essai de Paul Ariès

 « Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser » ...

 

Dans cet essai paru en 2019 aux éditions Larousse. Ariès s’adresse tour à tour à ses amis végans en leur expliquant qu’ils « ont tout faux ! » et à ses amis omnivores, mangeurs de viande et de fromages et buveurs de laits en leur demandant de prendre en compte « la souffrance animale comme végétale et de défendre l’élevage traditionnel ».

Insistant sur l’OPA réussie des végans sur les mouvements animalistes (défense et protection des animaux) et sur le mouvement végétarien, Paul Ariès s’étonne de la connivence objective des végans avec le capitalisme productiviste qui développe les fausses viandes, les faux laits, les faux œufs tellement plus rentables pour les firmes financières. Il les soupçonne d’être « les idiots utiles du capitalisme productiviste ».

Aveuglés par la « religion antispéciste » les végans ne voient pas qu’ils sont manipulés par le lobby des céréaliers qui avec des start-up liées à l’industrie financière et agro-alimentaire développent des fausses viandes et autres ersatz de viande à base de soja, de colza, de pois, de pomme de terre, de blé, de mais, d’orge ou des viandes de culture fabriquées à partir de cellules-souches.

Il reprend à son compte les arguments développés par Jocelyne Porcher, Jean Pierre Digard et quelques autres sur l’histoire de la domestication des animaux que les végans adeptes des thèses antispécistes veulent réduire à la seule domination exercée par l’homme sur ses inférieurs les animaux. Or la domestication constitue une réussite de l’homme et « les hommes n’ont pas domestiqué les animaux parce qu’ils se pensaient supérieurs à eux, mais a contrario parce qu’ils se jugeaient proche d’eux ».

Répondant au traditionnel catalogue des reproches adressés à l’élevage : l’élevage est responsable de la faim dans le monde en gaspillant les ressources et les terres, de la destruction de la planète avec ses émissions de GES et ses besoins en eaux, de la mauvaise santé des hommes mangeurs de produits animaux, Paul Ariès fait le bilan entre l’actif et le passif des activités d’élevage et se réfère aux théories malthusiennes qui sous-tendent les positions défendues par les végans antispécistes. Il rappelle que « il y a toujours trop d’humains sur terre … pour ceux qui ne les aiment pas ».

Paul Ariès pose la question : « le véganisme est-il un nouvel humanisme » ? et y répond en démontrant que les végans antispécistes n’aiment ni les hommes ni les animaux. Il rejoint Jean Pierre Digard qui soutient que l’animalisme est un antihumanisme. Il règle son compte à Aymeric Caron qualifié de « journaliste des pires émissions de télé décervelantes ». Pour sa part, la philosophe Corinne Pelluchon illustre bien l’antagonisme entre humanisme et véganisme antispéciste. Elle se reconnait humaniste car l’homme est différent des animaux et lui seul est responsable des autres espèces présentes et futures ce qui l’éloigne des thèses antispécistes.

Mais l’antispécisme se heurte à la réalité : on a beau vouloir proclamer l’égalité des espèces et vouloir étendre la sphère de l’égalité des espèces à tout le monde du vivant, la réalité conduit à faire des catégories, les humains qui ont le statut de personnes, les animaux dit « sentients », les autres animaux, les végétaux, etc. Les antispécistes restent spécistes pour les animaux dit inférieurs et pour les espèces végétales et même pour les humains entre les bien portants et les personnes handicapées.

En fait les végans se considèrent comme des transhumanistes, ils regrettent de ne pas être des dieux capables de formater les espèces vivantes et de régner sur la planète. Et pour tout dire, les végans se voient comme une avant-garde éclairée dont la mission est de conduire le peuple des mangeurs de viande avec des comportements de secte imposant sa pensée, ses choix alimentaires, ses mœurs au point de justifier des actes de violence contre les personnes et les biens.

En conclusion, Paul Ariès lance un appel pour une nouvelle alliance entre les animaux, les éleveurs et les mangeurs de viande pour de bonnes conditions d’élevage, de bonnes conditions de travail pour tous les professionnels et pour une consommation de plaisir et de partage de la viande.

Aujourd’hui le monde se divise en deux : d’un côté 5% d’animalistes anti-viande ou végans orthorexiques et de l’autre 95% d’omnivores libres. Face aux débats d’idée, la réalité s’impose.

Cet essai de Paul Ariès fourmille d’arguments étayés propres à nourrir les débats actuels sur la place de la viande, des produits animaux, de l’élevage dans nos sociétés du XXIème siècle.

Note de lecture proposée par René Laporte, Agronome-économiste, co-auteur avec Pascal Mainsant de « La viande voit rouge », Fayard 2012 et membre de l’Académie de la viande.

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