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Ethique des relations homme/animal

Note de lecture proposée par René Laporte...

Cet ouvrage collectif sous la coordination de Bernard Denis, Docteur vétérinaire, professeur honoraire de zootechnie de l’Ecole vétérinaire de Nantes, est issu des travaux d’un groupe de réflexion composé de membres de l’Académie d’agriculture de France et de l’Académie vétérinaire de France.
Partant du constat de la place de plus en plus importante de l’animal dans notre société, des nombreux débats que suscitent l’utilisation par l’homme des animaux, l’élevage moderne et la consommation de produits animaux, les auteurs explorent les relations homme/animal dans différents domaines : animaux d’élevage, animaux de compagnie, expérimentation animale ou chasse.
Un premier chapitre interroge : « Qu’est-ce qu’un animal ?». Quelles différences, quelles ressemblances peuvent justifier un éloignement ou au contraire une proximité de l’homme et de l’animal ? L’approche biologique « Darwinienne » plaide pour la continuité, mais « parler de continuité ne signifie nullement qu’il n’y a pas eu divergence ». L’approche philosophique met en lumière cette divergence qui fait le propre de l’homme à savoir la parole, la conscience, la culture, la morale, les religions, etc.
Dans l’important développement consacré aux animaux d’élevage, un long focus est mis sur les bouleversements qu’a connu l’élevage depuis 1950. Véritable « révolution » dans les structures d’exploitation avec agrandissement et réduction parallèle du nombre d’éleveurs, ces bouleversements ont surtout concerné les techniques d’élevage et la productivité : la production laitière annuelle d’une vache est passée de 2500 à plus de 7000 kg, une truie donne 28 porcelets sevrés par an contre 12 en 1950. Cette intensification et modernisation des productions animales sont souvent mal comprises voire rejetées par les « protecteurs » des animaux qui parlent volontiers d’élevage industriel pour mieux les déconsidérer.
Face à ces accusations, il convient de réaffirmer la légitimité de l’élevage car l’homme est un omnivore naturel pour lequel la consommation de produits animaux est habituelle et largement recommandée. De plus l’élevage reste un facteur de développement de l’humanité et les animaux font partie intégrante des sociétés humaines. « Y aurait-il une humanité sans élevage ? »
Les auteurs proposent d’appliquer aux animaux d’élevage une éthique de responsabilité reposant sur 3 actions : informer sur la réalité de l’élevage, sur le dispositif règlementaire en matière de protection animale et de bien-être, reconnaître que certaines pratiques ne respectent pas le bien-être animal et enfin corriger les pratiques non conformes. En découle la méthode des 3S : supprimer les techniques les plus négatives, substituer des techniques moins agressives, soulager les situations de douleurs par des traitements pharmaceutiques appropriés.
Les chapitres consacrés à l’expérimentation animale, aux animaux familiers, à la chasse illustrent bien la complexité de la relation homme/animal.
L’homme entretient avec les animaux de compagnie essentiellement les chiens et les chats une relation encore plus complexe qui dépasse largement la question du seul bien être somme toute comparable à celui appliqué aux animaux d’élevage. Avec l’animal familier, l’homme recherche un compagnon, parfois un ami « idéal » et pour certains un palliatif aux carences affectives. Il en résulte un fort anthropomorphisme notamment pour le chien dont « l’éducation » reste essentielle pour qu’il trouve sa place dans la meute que constitue la famille. D’ailleurs les conditions de vie d’un chien de chasse ou d’un chien berger dans une ferme n’ont rien à voir avec celle d’un chien en ville.
Le lien affectif qui existe entre l’homme et l’animal de compagnie explique l’approche déformée qu’ont souvent les citadins sur les conditions d’élevage des animaux de ferme. D’où le fossé qui se creuse entre la réalité de l’élevage moderne et la perception qu’en ont les citoyens qui projettent sur les animaux de ferme leur propre vision des animaux familiers.
Reprenons en conclusion les propos de la préface de Jeanne Grosclaude, présidente de l’Académie d’agriculture de France, pour qualifier cet ouvrage collectif : « plaidoyer pour la non brutalité envers les animaux, plaidoyer pour la cohabitation tolérante entre cultures et intérêts (y compris économiques). Œuvre plurielle qui nous invite à transposer à nos sociétés humaines esprit de conciliation et de non-agression ». En un mot « une juste mesure ».

Ethique des relations homme/animal – Editions France Agricole 
Note de lecture proposée par René Laporte, Agro-économiste, co-auteur avec Pascal Mainsant de « La viande voit rouge », Fayard 2012.

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