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Lun, Déc

Dominique LESTEL: "Apologie du carnivore "

Note de lecture proposée par Pascl Mainsant...

Dominique Lestel est un philosophe qui analyse la position de l’homme dans la sphère du vivant. Dans cette « Apologie du carnivore » , on trouve d’abord une mise à mort du concept du végétarisme, à l’occasion d’une traque cruelle des paradoxes du végétarien éthique. Petit résumé. Les végétariens regroupent une nébuleuse d’attitudes diverses et dispersés dans la société, avec des postures variées de par leurs motivations. L’une de ces postures, la plus radicale, est couramment appelée « végétarienne éthique ». Elle n’est pas majoritaire, mais elle est la plus structurée de la nébuleuse, c’est « l’avant-garde » du végétarisme, sa partie militante.

Leur argument est moral : ils sont « antispécistes ». Ce nouveau concept mérite une petite définition : l’espèce humaine n’a pas le droit de tuer les individus d’une autre espèce au nom d’un quelconque intérêt (manger, chasser, etc). Son principe est de refuser toute supériorité à toute espèce quelle qu’elle soit. Toutes les espèces étant également respectables, aucune n’aurait le droit d’en exploiter une autre. Bien entendu, l’antispéciste ne refuse pas l’origine animale de l’homme, mais pour lui la spécificité de l’homme est le sens moral du bien et du mal. Pour l’homme, tuer est un crime, et puisqu’il le sait, il peut et il doit décider de se refuser à tuer pour manger. Bien entendu il refuse ce droit de tuer seulement à l’espèce humaine, car obliger les renards à devenir végétarien reste hors de l’épure. L’antispécisme ne précise pas s’il est interdit de gazer les moustiques ou d’écraser les cafards. Il est clair qu’il s’intéresse aux gros animaux, sauvages ou domestiques. Une éthique qui s’exprime en fonction de la taille de l’animal peut-elle être prise au sérieux sur le plan moral ? Si l’homme, conscient et moral, se refuse de tuer tout individu de toute autre espèce, quel que soit l’intérêt qu’il aurait à le faire, il se met dans une posture exceptionnelle. En effet, aucune autre espèce ne pourra être amenée au même choix, les antispécistes n’ayant pas envisagé de détruire toute l’animalité sauvage de la planète. L’homme serait donc la seule espèce qui n’aurait pas le droit de défendre ses intérêts aux dépend des autres espèces.


Sans l’avouer, l’antispéciste reconnait à l’homme une position à part, celle de la supériorité morale, ce qui nie de fait son principe d’égalité entre les espèces. En admettant cet isolement de l’espèce humaine, il lui refuse en réalité de faire partie de la sphère animale, dont la nature partout et depuis la nuit des temps est de se confronter par la lutte pour la vie. Malgré sa bonne foi, l’antispéciste signifie non seulement son refus de la dimension animale de l’homme, mais aussi sa haine de toute animalité qui autoriserait la prédation. S’il refuse à l’espèce humaine le droit qu’il accorde à toutes les espèces animales, s’il appelle l’homme à renoncer à tuer l’animal, c’est pour le faire entrer dans la sphère du bien, retrouver une innocence perdue. De ce fait, au nom de son amour de l’animal, l’antispéciste diabolise sans se l’avouer un élément universel de l’animalité, celui de la prédation, qui est en fait le sort commun de tous les organismes vivants, et pas seulement des animaux, et surtout depuis que la nature a inventé les carnivores. L’équilibre des espèces est en fait un équilibre des prédateurs. L’homme est évidemment un prédateur, qu’on le veuille ou non, et le refuser procède d’un angélisme confondant.
Le végétarien éthique serait donc un imposteur. Il ne veut pas du réel tel qu’il est mais tel qu’il le souhaite, c’est-à-dire sans cruauté ni souffrance. Tout en se disant proche de la nature, en réalité il ne supporte pas la nature. « Il hait l’animal de façon perverse, puisqu’il justifie cette haine de l’animal par l’amour qu’il lui porte ». Il a la prétention d’être moral contre la nature, l’arrogance morale est sa posture, il sait comment devraient se comporter les êtres vivants. Dommage que Dominique Lestel n’ait pas traité aussi le cas du végétarien éthique qui aimerait les animaux jusqu’à posséder un chien ou un chat qu’il nourrirait avec des petfoods contenant de la viande… Le livre contient aussi une seconde partie sur la production de la viande dédiée aux carnivores, un peu inattendue, et dont le résumé critique fera l’objet ultérieurement d’une autre note, liberté oblige.
Apologie du carnivore, Fayard, mars 2011, 12€

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