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Jeu, Jui

Les vrais écolos ne sont pas les végétariens

Notre ami académicien  Pascal Mainsant attire notre attention sur un livre qui va être publié en français au début de l'année 2011, mais dont la version anglaise donne déjà lieu à de nombreux débats outre-Manche.

Le titre en est "Meat : a benign extravagance", et l'auteur Simon Fairlie, qui est lui même un leader écologiste connu. Pascal Mainsant nous livre la traduction d'un article paru à ce propos dans le journal britannique Money Week , qui intéressera tous ceux qui militent pour une approche critique du "catasrophisme antiviande" défendu notamment en France par le livre Bidoche et son auteur Fabrice Nicolino, que nous avons vivement critiqué au moment de sa parution. La rédaction de Money Week s'intéresse donc à "ce nouveau livre qui conteste les arguments écologistes en faveur des végétariens, et qui crée un vif débat outre-Manche, conduisant plusieurs écologistes à changer d’avis sur le sujet. Alors, pouvons-nous manger de la viande en toute bonne conscience ?

Simon Fairlie, leader écologiste, prend le contrepied des opinions défendues par ses collègues. Il réfute l’idée que l’élevage, donc la consommation de viande, soit une cause majeure du changement climatique. Dans Meat : A Benign Extravagance (La Viande, une extravagance bénigne), il démontre qu’une conversion massive au végétarisme ne changerait pas la donne et que les défenseurs de cette cause se basent sur des statistiques erronées. Avec sa démonstration, l’auteur a fait de nombreux convertis, dont un de poids. George Monbiot, journaliste renommé au Royaume-Uni et ardent défenseur du végétarisme, s’est publiquement rétracté. Il avait pourtant déclaré, en 2002, que « le végétarisme est la seule réponse éthique » à apporter à la menace du changement climatique. Il a fait son mea culpa dans The Guardian, expliquant à cette occasion qu’il s’agissait d’un livre « scientifique et objectif ».

L’idée selon laquelle consommer de la viande est dommageable à l’environnement est de plus en plus répandue. Elle se fonde sur plusieurs arguments. Tout d’abord, l’élevage occupe des terres qu’il serait plus judicieux de consacrer à l’agriculture, et cette pratique est gourmande en eau. De plus, elle entraîne de la déforestation et de la pollution. Lord Stern, auteur du célèbre rapport Stern sur le climat, écrivait l’année dernière que « la viande entraîne un gaspillage d’eau et crée beaucoup de gaz à effet de serre. Elle exerce une pression considérable sur les ressources de la planète. Un régime végétarien est bien meilleur ». D’après une statistique de l’ONU qui date de 2006, les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant d’animaux élevés dans le but d’être consommés représentent 18% du total des GES mondiaux. Soit plus que tous les autres modes de transport réunis. D’après Simon Fairlie, la plupart des statistiques sont erronées. Ainsi, le chiffre de 18% de l’ONU n’est valable que si on considère que toute la déforestation amazonienne a lieu dans le but de faire de l’élevage à la place. En réalité, les motivations tiennent plus à la spéculation et au commerce du bois. Il y aurait également une confusion entre les productions brute et nette de méthane et de protoxyde d’azote. Le chiffre correct concernant les émissions de GES par l’élevage serait en réalité plus proche de 10%. Fairlie conteste aussi le fait qu’il faille jusqu’à 100 000 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf. Le ratio serait fondé sur le fait improbable que chaque goutte d’eau qui tombe sur un pâturage est consommée par les animaux qui y paissent. L’argument à retenir est que, lorsqu’il est pratiqué de manière raisonnable, l’élevage est plus efficace que ne le pense l’opinion publique. Mieux encore, Fairlie explique qu’il a un rôle éthique à jouer dans les régimes alimentaires des populations locales. Les défenseurs du végétarisme citent le ratio scientifique qui veut que le nombre de denrées végétales nécessaires pour produire de la viande soit de 5 pour 1 en moyenne et puisse même atteindre le seuil de 10 pour 1. Fairlie rétorque que cet argument part du principe que les animaux ne se nourrissent que de végétaux dont pourraient se nourrir les hommes, ce qui, en réalité, n’est pas le cas. Une approche plus nuancée consiste à comparer la quantité de terre nécessaire pour élever des animaux à celle qui est nécessaire pour produire d’autres denrées aussi nutritives pour l’homme que la viande. Dans ce cas, le ratio entre végétal et animal est de 1,4 pour 1.

Ce que doivent retenir les carnivores
D’après Fairlie, si nous cessions de nourrir les animaux, notamment les porcs, avec des céréales comestibles, nous pourrions assurer au moins la moitié de notre production actuelle de viande sans aucune perte nutritionnelle pour l’homme. Cela aurait même encore plus d’effets positifs. Dans les pays riches, le rôle des porcs – convertir des déchets en viande – a été mis de côté, à la suite des grippes animales. Résultat, les porcs sont souvent nourris à base de soja importé des Etats-Unis, empiétant ainsi sur une ressource alimentaire humaine. Si ce type de déséquilibre cessait, il n’y aurait plus d’objections à ce que l’homme mange de la viande, du moins en quantités raisonnables ou de bonne qualité.

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Le dictionnaire

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