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Jeu, Oct

Les dieux,les hommes et les animaux

A l’approche de l’élection présidentielle, la cause « animalitaire » s’invite dans les débats politiques. Un parti « animaliste » annonce sa naissance sur la toile, quelques signatures sont réunies pour demander la création d’un secrétariat d’état à la condition animale. Et Brigitte Bardot, pour ne pas être en reste, veut « animaliser » le débat politique.
Depuis quelques décennies, des militants de la cause animale et des défenseurs des animaux ont échafaudé une construction hétéroclite mélangeant la philosophie, les sciences, les religions, la sociologie, pour bâtir de nouveaux concepts comme « l’anti- spécisme » ou le « carnisme ». Les anti-spécistes considèrent qu’il n’a y a pas lieu de faire une différence d’espèce entre l’homme et les animaux qui ont comme nous un intérêt à vivre. Le carnisme accuse les mangeurs de viande d’opprimer l’humanité, la consommation de viande serait un instrument de domination utilisé par l’homme pour contraindre l’humanité. Sans aucune précaution, les gourous de la cause animale professent que l’animal est une personne douée d’intelligence, de conscience et d’empathie. Ces mêmes gourous reprochent à l’homme d’exploiter et de contraindre les animaux qui deviennent ainsi les « prolétaires » d’une nouvelle lutte des classes. La libération des animaux serait alors une cause « animalitaire » portée au même rang que les causes humanitaires des siècles passés luttant contre toutes les formes d’exploitation de l’homme : esclavagisme, racisme, sexisme, condition de la classe ouvrière. Et ils en concluent que l’homme n’a pas le droit de tuer les animaux, ni même de les utiliser pour son plaisir ou pour produire des biens marchands. Au commandement « Tu ne tueras point (les hommes) » viendrait s’ajouter une nouvelle loi morale « tu ne tueras point les animaux ».

Quand certains juristes s’interrogent sur le statut juridique de l’animal dans le code civil, ils visent sans oser le dire, le droit de s’approprier, d’utiliser ou de vendre les animaux. L’amélioration des conditions d’élevage et d’abattage des animaux n’est plus l’objectif des défenseurs des animaux. Dépassés par des militants de plus en plus extrémistes, les défenseurs des animaux demandent l’abolition de l’élevage, l’interdiction d’utiliser les animaux et bien sûr l’interdiction de les tuer. Ont-ils conscience qu’ils s’engagent vers la disparition des animaux de ferme et vers la fin des animaux de compagnie ? C’est la fin de la domestication des animaux qui par leur travail et par la nourriture ont largement participé au développement de l’humanité. Dans ce monde d’interdit touchant les animaux, seuls les animaux sauvages auraient encore droit de cité mais que fait-on des prédateurs, des parasites et des nuisibles s’il est interdit de les tuer ?
Pour des défenseurs de la cause « animalitaire », proposer la disparition des animaux est pour le moins surprenant. Ils sont prisonniers de leurs théories punitives de la décroissance : « punir l’homme pour sauver l’humanité ». Sous prétexte de réserver un meilleur sort aux animaux, objectif largement partagé par les mangeurs de viande, on nous propose un monde sans animaux et la fin d’un compagnonnage aussi bénéfique aux animaux qu’à l’homme.

Et pour pallier l’absence de produits animaux, les promoteurs de nouvelles technologies et les start-ups de la Silicon Valley nous promettent pour demain des œufs sans poules, du lait sans vaches et de la viande sans animaux, le tout à partir des protéines végétales issues de la chimie verte. L’un de leurs arguments : produire des aliments avec les animaux c’est compliqué, c’est peu rentable, l’industrie c’est bien plus efficace. Mais pourquoi développer tout un processus de cracking des produits végétaux pour ensuite les recombiner et proposer au consommateur des ersatz de produits animaux : des simili-steaks aux lentilles, aux petits pois, au soja ? Autant consommer directement les produits végétaux d’origine : une soupe aux petits pois, un ragout de lentilles sans petit salé. C’est plus naturel et certainement plus économique qu’une fabrication industrielle dont il faudra faire le bilan carbone et le bilan nutritionnel !
A l’origine le débat portait sur les conditions de bien-être des animaux, sur la consommation de viande, maintenant il porte sur la relation homme-animal. Quand BB veut « animaliser » le débat politique, on peut craindre qu’elle veuille « animaliser » l’homme. Depuis des millénaires, l’homme s’est construit un monde le situant entre les dieux et les animaux. Et pour respecter cet ordre, l’homme se doit d’éviter deux péchés « capitaux » : se prendre pour dieu, se comporter comme un animal.

René Laporte publié dans Viande Magazine

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